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Jui

Moi, migrant ?

A cette question, il ne s’agit aucunement de répondre à la place d’autrui, à votre place. Et, c’est bien là le défi que tente de relever Josefa depuis plusieurs années.

Eviter de penser à la place d’autrui, vaste challenge « politique » ; mais, en même temps, pas si inaccessible que cela si la question « moi, migrant ? » se laisse approprier par chacun, par « moi », avant de vouloir la poser en portant son regard sur autrui sans passer par soi. Les « migrants », les « réfugiés, les « demandeurs d’asile », les…, les… ; et moi, dans tout cela, moi, suis-je migrant ? Identités, appartenances, catégories, tout y passe.

En fait, la question est révolutionnairement simple : « n’en suis-je pas, moi aussi de cette migration que tout homme est appelé à vivre ? Migrant n’est alors plus un attribut, migrer n’est plus un droit ; mais, beaucoup plus radicalement, migrant se rattache à ma condition humaine : migrer constitue mon « humanité ».

Bien sûr, il s’agit alors de ne pas tout mélanger au risque d’une irrespectueuse confusion. Il y a des migrations (spatiales, temporelles, intellectuelles, spirituelles) qui apparaissent ou sont vécues sous la contrainte ; d’autres semblent plus libres ; mais la plupart expriment, dans leur authenticité, une mise en vulnérabilité.

Il n’en reste pas moins que, pour Josefa, il s’agit de ne pas se contenter de regarder passer le train de l’histoire et de ses exils, mais, contraint ou libre, d’en être, car, inéluctablement, j’en suis, singulièrement, particulièrement, ou, tout simplement, humainement.

Moi, migrant ? A vous, à nous, à chacun, d’oser la question.

Gilbert

Accepter le sens, tout le sens, tous les sens de nos migrations, y compris celui ou ceux qui ne nous apparaissent pas ou qui nous semblent très éloignés de nos champs conceptuels.

Que reste-t-il de sens, de « chez soi », lorsque plus rien n’est visible, lorsque la distance, parfois irréversible, s’est installée ? Et que même la mémoire et le souvenir ont été affectés par les mutations, les exils, les combats…

Certes, il n’y a pas une voie unique, un sens unique sur le chemin de nos vies ; certes, nos vies sont faites d’allers et de retours, voire de non-retours.

Mais, accueillir le sens de nos migrations, c’est, cependant, en quelque sorte, se laisser déborder dans son identité propre par une nouveauté inattendue, subversive, voire dramatique, au point où la liberté parfois peut même paraitre ne plus s’exercer.

Migration en tous sens : ce n’est pas non plus qu’une affaire de direction, de précipitation, de plongée ; c’est aussi éventuellement, une exaltation, une inspiration qui, à travers les générations, ou au cœur d’une vie, peut nous donner de changer de sens, de renouveler un sens traditionnel, voire de s’éloigner d’une société close sur elle-même.

En sorte que l’autre, humain ou expérience humaine, se fait potentiellement offre de sens, à tout instant, en tout lieu, comme si, migrants en tout sens, quoiqu’il advienne, nous le sommes, le devenons, le demeurons : migration en tout sens, au sens ultime d’une demeure éternelle qui se ferait dévoilement de sens. Migration et chez soi seraient les deux faces d’une même humanité, la nôtre, pour nous, aventuriers en tout sens, en quête d’une arche encore un peu voilée à nos yeux aveuglés par un sens voulu trop souvent uniquement humain, trop humain.

Gilbert

Qui suis-je, pour oser parler, penser, objecter…, en matière de « migration » et d’« exil » ? Certes, je peux tenter de regarder, scruter ma propre « migration », mais au-delà est-ce encore possible ?

En effet, comment dire la migration d’un autre, exilé, étranger, déplacé, à lui-même, à toi-même, à sa terre, à ta famille ?

Accepterais-je qu’un autre, toi, s’immisce, même pour de belles raisons, d’empathie…, dans ma propre migration, voire mon exil ? Au nom de quoi, de quel service, politique, social, religieux… ?

La plupart du temps, ma propre migration m’échappe, surtout quand elle est contrainte ; alors de quel « droit » autrui voudrait-il s’en emparer, en faire « économie », étude, cas, nombre ?

Certes, nos migrations inter-agissent, s’en-visagent, se dévisagent, mais toujours singulièrement, de regard à regard, et pas au-delà.

Je ne fais pas nombre, pas plus que toi, et ma migration me reste personnelle, même au sein d’un groupe de « migrants ».

« Tous migrants », ensemble, au nom de nos migrations, singulières, parfois particulières, mais toujours personnellement « humaine ».

En matière de migration, rien n’est jamais trop humain. Alors, que penser ? A chacun, en sa migration ou en son exil, de décider, librement ou non, de penser !

Gilbert

 

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