En matière d’appréciation positive des flux migratoires, les catégories « homme, femme », « maître, esclave », « juif, païen » sont assurément appelées à être revisitées. Ainsi, lorsqu’une personne humaine, soumise à une migration forcée, est accueillie par une société hôte, elle ne peut bien évidemment masquer (durablement) son statut physique, psychologique et/ou spirituelle…

Certes, il est délicat de « catégoriser » à outrance ou de privilégier un cadre « universel » eu égard au respect dû à l’unicité de chacun ; néanmoins, au stade actuel de l’histoire de notre humanité, soumise aux influences post-modernes, technologiques ou médiatiques, il semble que les migrations font résonner à nouveaux frais les particularités « juif, païen », « homme, femme », « maître, esclave ».

En effet, aujourd'hui plus qu'hier, le vivre ensemble ne peut s'entendre que d’une inter-reconnaissance plénière de nos appartenances singulières ou particulières.

Dès lors, qu'offre l’actualité historique de nos migrations, entre autres contraintes ? Sans doute, a minima, de questionner une dialectique migratoire qui ne peut se soustraire, au fil du temps, à une tension permanente entre rupture et continuité au sein d’une inévitable hospitalité humaine. Hospitalité à vivre, à construire, librement, chacun vu en son unicité et, assurément, au bénéfice de tous : l’homme sert l’homme sur base de ce fondement : toi, comme moi, nous sommes migrants !

Ne pourrions-nous pas dire que nos migrations, de temps à autre, nous conduisent à revenir sous un toit, sous notre toit ?...

Assurément. Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Assez souvent, nos migrations, en un premier temps, parfois définitif, nous éloignent de « chez nous ». Mais, cette sortie de l’univers familier ou familial, peut aussi se transformer en découverte de soi, de l’autre, d’une autre société.

Dans cette voie, à Bruxelles, la Maison Josefa invite à penser, à expérimenter la relation entre « Toit et moi ».

Se trouver dépossédé de son originel « chez soi » pour des raisons diverses et se retrouver au cœur d’une nouvelle expérience, d’une autre Maison, interpelle sur le sens même de nos migrations. Pourquoi moi ? Pourquoi toi ? Et quelle part de moi, de toi, est sujette à « migration » ?

D’un toit, sous le toit, peut surgir, si l’espace en laisse l’expression mystérieuse, une rencontre avec soi : si le lieu n’est pas voulu dans le seul but de l’intégration dans une société qui en serait alors bien close, mais, d’abord et avant tout, comme une expérience entre un « toit » et soi.

La proposition Josefa se dit un peu dans ce carrefour : lorsque le toit se fait peu à peu écho du moi.

Josefa, c’est oser, selon la volonté de chacun, à l’abri d’un toit, de se reconstruire un moi ou de tenter de le « déployer ».

En quelque sorte, Josefa, c’est prendre le temps, si besoin et envie existent, de relire, de regarder ce que sont nos migrations, ce qu’elles nous offrent, par-delà leur dramatique ; goûter ce qui est encore possible pour soi, avec autrui, au sens fondamental où, de toute éternité, nous sommes nés migrants, pour mieux le devenir et sans devoir, à tout prix, aboutir à une « intégration » contrainte. Car, la route ne s’arrête pas là où certains le voudraient… pour les autres.

Toi et moi, sommes migrants, sous un « toit » commun et, paradoxalement et mystérieusement, par-delà cet universel commun.

Depuis son origine, l’être humain s’est toujours interrogé sur lui-même, se demandant ce qu’il est, ainsi que sur le monde qui l’entoure...

Les réponses qui emplissent les ouvrages de philosophie sont multiples et ont évolué au cours de l’histoire de l’humanité : « animal politique », Aristote ; animal raisonnable, Descartes ; « roseau pensant », Pascal ; image de Dieu, la bible ; image brisée, Saint Augustin ; conscience de soi, conscience des autres, conscience de la mort ; émergence du « Je » ; liberté et responsabilité ; animal parlant ; doué de rire… Et, pour être équitable, il faudrait ajouter les sagesses et religions de la planète entière qui se sont également interrogées sur la nature de l’être humain et ont apporté leurs propres réponses.

A ce kaléidoscope innombrable d’approches et de définitions de l’être humain, la Fondation Josefa vient en apporter une nouvelle, plus inattendue, sans doute, mais qu’elle propose pourtant, avec une certaine audace, comme le fondement sur lequel reposeraient toutes les autres : « tous migrants » ; l’être humain défini comme animal/être migrant. Quels en sont les arguments ?

D’abord, l’histoire et même la préhistoire humaine attestent, de façon incontestable, d’innombrables mouvements de populations au cours des âges : depuis les premiers hommes qui devaient sans cesse se déplacer pour chercher ou chasser leur nourriture quotidienne, les pasteurs nomades suivant leurs troupeaux, jusqu’aux grandes migrations et invasions, provoquées par des causes diverses, qui ont balayé des territoires entiers entrainant, par contrecoup, d’autres déplacements. Ainsi, la migration se signale d’abord par son caractère le plus évident : des mouvements dans l’espace.

Mais la migration ne se limite pas à la géographie : elle s’exerce également dans le temps. Le mot « évolution », par exemple, connote des modifications qui peuvent s’opérer dans divers domaines. Tout le monde a entendu parler de la théorie de l’évolution des espèces de Darwin qui montre la genèse de l’être humain parmi les animaux dont il fait partie laquelle arrive au terme d’un long processus – c’est-à-dire d’un mouvement – de lutte pour la vie.

Le mot évolution peut aussi s’appliquer à la vie personnelle de chacun ainsi qu’à celle des sociétés : tout au long de notre existence, nous traversons diverses phases, de la naissance à la vieillesse, en passant par la jeunesse et l’âge adulte. C’est tout un parcours de vie qui se modifie d’année en année affectant aussi bien notre corps que notre esprit et notre affectivité. Freud nous a entraînés à descendre, autre mouvement, au-delà de la conscience, dans les profondeurs de l’inconscient.

De même nos sociétés changent, et d’une manière de plus en plus accélérée, sous l’effet conjugué des progrès scientifiques et des techniques qui les suivent, des marchés et des médias comme des courants de pensées. Les modes passent et se succèdent aussi bien dans les vêtements que dans les idées, dans les comportements et les manières de vivre. Même les institutions, gage de la permanence, évoluent.

Nos relations interpersonnelles sont également évolutives : on se rencontre, on se sépare, on se retrouve, on s’associe… : c’est un mouvement permanent. Le dialogue et le débat font également évoluer nos comportements comme nos pensées ou nos façons de voir.

Les relations internationales entre pays bougent constamment : des traités sont signés, d’autres rompus ; des conflits naissent ou des catastrophes naturelles se produisent provoquant des déplacements de populations et la création discriminatoire de cette catégorie « les migrants » pour lesquels médias, politiques ou acteurs socio-économiques mobilisent l’attention selon des fins variablement légitimes.

Mais, quel est l’intérêt de cette nouvelle définition que propose la Fondation Josefa ? En englobant tout être humain, homme, femme, enfant, sous la condition fondamentale d’« être migrant », constat d’expériences comme on vient de le voir rapidement plus haut, la Fondation Josefa élimine et empêche l’enfermement de certains dans des catégories plus ou moins discriminatoires : les « migrants », comme, autrefois, on identifiait les juifs, les noirs, les esclaves, les femmes, les immigrés… pour les traiter en êtres différents, et, le plus souvent, de rang inférieur, dans la société… Cette dénomination de l’être humain comme être migrant entraîne directement une autre façon de regarder nos itinéraires : dépassant nos résistances ou nos peurs, il s’agit, librement, de penser à nous entre-accueillir comme sœur, frère, en humanité qui apportons notre singularité, notre unicité, nos histoires, nos langues, nos cultures, et de chercher à partager ensemble, dans une parfaite horizontalité, nos ressources réciproques. Sans sous-estimer les défis concrets de cette « cohabitation » impliquant prévision et organisation, ce comportement radical ouvre, de soi, à une nouvelle façon de faire société et de construire ensemble, entre être-migrants, notre commune destinée.

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