18

Mai

Tous migrants… et moi ?

Depuis ma jeunesse, je me voyais plutôt dans la peau d’un pèlerin qui s’achemine, pas à pas et à son rythme, vers sa destinée, vers sa destination finale. Sans ignorer le mot « migrant » qui a été mis soudainement à l’actualité depuis une dizaine d’années par les politiques et les médias, il ne m’était pas familier

Je préférais deux termes plus précis et corrélatifs : « émigré », celui ou celle qui quitte son pays et devient « immigré » quand elle ou il arrive et s’établit dans un autre.

Pourtant, de fait, je suis migrant depuis ma naissance. Dé-raciné, jeune, par la mort de mon père, à un an, je quittai déjà le lieu de ma naissance : première migration, géographique, précoce. S’en sont suivies quatre autres jusqu’à ma majorité. Ensuite, vingt-sept autres se sont enchaînées jusqu’à ce jour, à travers huit pays.

Au cours de ces migrations, j’ai exercé, successivement, onze professions différentes : instituteur, religieux, professeur, conseiller en développement rural, agriculteur, expert pour la banque mondiale, traducteur, agent de transit pour une entreprise de travaux publics, conseiller et formateur en entreprise, économe diocésain, conseiller technique d’une ONG…

Si l’on considère que le migrant est cette personne en déplacement ou déménagement permanent, physiquement comme dans sa vie la plus personnelle, comment ne serais-je pas migrant, moi qui ai été façonné par tant de rencontres diverses qui ont élargi mon petit horizon familial et ouvert à d’autres mondes dont l’étrangeté me fascinait ? Oui, la Fondation Josefa a raison, dans l’espace comme dans le temps, nous sommes, tous et toujours, migrants : c’est vraiment notre nature.

La richesse des dons partagés dans cette hospitalité réciproque disqualifie le proverbe courant : « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit », car, si elle ne se ferme pas après avoir donné, la main qui donne reçoit aussi de la main qui reçoit ; plutôt que l’une sur l’autre, la vraie image serait alors la poignée de deux mains qui se serrent. Telle est l’économie humaine, interpersonnelle certes, mais sociétale également, d’échange et de partage, sans que puisse être décidé qui apporte le plus, surtout si cette économie de dons et de contredons ne se limite pas à l’argent ou aux biens matériels mais embrasse les autres valeurs, culturelles et spirituelles, qui sont au cœur de notre humanité.

Jean-Louis

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