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Sep

Être Humain : migrant, toi comme moi

Depuis son origine, l’être humain s’est toujours interrogé sur lui-même, se demandant ce qu’il est, ainsi que sur le monde qui l’entoure...

Les réponses qui emplissent les ouvrages de philosophie sont multiples et ont évolué au cours de l’histoire de l’humanité : « animal politique », Aristote ; animal raisonnable, Descartes ; « roseau pensant », Pascal ; image de Dieu, la bible ; image brisée, Saint Augustin ; conscience de soi, conscience des autres, conscience de la mort ; émergence du « Je » ; liberté et responsabilité ; animal parlant ; doué de rire… Et, pour être équitable, il faudrait ajouter les sagesses et religions de la planète entière qui se sont également interrogées sur la nature de l’être humain et ont apporté leurs propres réponses.

A ce kaléidoscope innombrable d’approches et de définitions de l’être humain, la Fondation Josefa vient en apporter une nouvelle, plus inattendue, sans doute, mais qu’elle propose pourtant, avec une certaine audace, comme le fondement sur lequel reposeraient toutes les autres : « tous migrants » ; l’être humain défini comme animal/être migrant. Quels en sont les arguments ?

D’abord, l’histoire et même la préhistoire humaine attestent, de façon incontestable, d’innombrables mouvements de populations au cours des âges : depuis les premiers hommes qui devaient sans cesse se déplacer pour chercher ou chasser leur nourriture quotidienne, les pasteurs nomades suivant leurs troupeaux, jusqu’aux grandes migrations et invasions, provoquées par des causes diverses, qui ont balayé des territoires entiers entrainant, par contrecoup, d’autres déplacements. Ainsi, la migration se signale d’abord par son caractère le plus évident : des mouvements dans l’espace.

Mais la migration ne se limite pas à la géographie : elle s’exerce également dans le temps. Le mot « évolution », par exemple, connote des modifications qui peuvent s’opérer dans divers domaines. Tout le monde a entendu parler de la théorie de l’évolution des espèces de Darwin qui montre la genèse de l’être humain parmi les animaux dont il fait partie laquelle arrive au terme d’un long processus – c’est-à-dire d’un mouvement – de lutte pour la vie.

Le mot évolution peut aussi s’appliquer à la vie personnelle de chacun ainsi qu’à celle des sociétés : tout au long de notre existence, nous traversons diverses phases, de la naissance à la vieillesse, en passant par la jeunesse et l’âge adulte. C’est tout un parcours de vie qui se modifie d’année en année affectant aussi bien notre corps que notre esprit et notre affectivité. Freud nous a entraînés à descendre, autre mouvement, au-delà de la conscience, dans les profondeurs de l’inconscient.

De même nos sociétés changent, et d’une manière de plus en plus accélérée, sous l’effet conjugué des progrès scientifiques et des techniques qui les suivent, des marchés et des médias comme des courants de pensées. Les modes passent et se succèdent aussi bien dans les vêtements que dans les idées, dans les comportements et les manières de vivre. Même les institutions, gage de la permanence, évoluent.

Nos relations interpersonnelles sont également évolutives : on se rencontre, on se sépare, on se retrouve, on s’associe… : c’est un mouvement permanent. Le dialogue et le débat font également évoluer nos comportements comme nos pensées ou nos façons de voir.

Les relations internationales entre pays bougent constamment : des traités sont signés, d’autres rompus ; des conflits naissent ou des catastrophes naturelles se produisent provoquant des déplacements de populations et la création discriminatoire de cette catégorie « les migrants » pour lesquels médias, politiques ou acteurs socio-économiques mobilisent l’attention selon des fins variablement légitimes.

Mais, quel est l’intérêt de cette nouvelle définition que propose la Fondation Josefa ? En englobant tout être humain, homme, femme, enfant, sous la condition fondamentale d’« être migrant », constat d’expériences comme on vient de le voir rapidement plus haut, la Fondation Josefa élimine et empêche l’enfermement de certains dans des catégories plus ou moins discriminatoires : les « migrants », comme, autrefois, on identifiait les juifs, les noirs, les esclaves, les femmes, les immigrés… pour les traiter en êtres différents, et, le plus souvent, de rang inférieur, dans la société… Cette dénomination de l’être humain comme être migrant entraîne directement une autre façon de regarder nos itinéraires : dépassant nos résistances ou nos peurs, il s’agit, librement, de penser à nous entre-accueillir comme sœur, frère, en humanité qui apportons notre singularité, notre unicité, nos histoires, nos langues, nos cultures, et de chercher à partager ensemble, dans une parfaite horizontalité, nos ressources réciproques. Sans sous-estimer les défis concrets de cette « cohabitation » impliquant prévision et organisation, ce comportement radical ouvre, de soi, à une nouvelle façon de faire société et de construire ensemble, entre être-migrants, notre commune destinée.

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