Accepter le sens, tout le sens, tous les sens de nos migrations, y compris celui ou ceux qui ne nous apparaissent pas ou qui nous semblent très éloignés de nos champs conceptuels.

Que reste-t-il de sens, de « chez soi », lorsque plus rien n’est visible, lorsque la distance, parfois irréversible, s’est installée ? Et que même la mémoire et le souvenir ont été affectés par les mutations, les exils, les combats…

Certes, il n’y a pas une voie unique, un sens unique sur le chemin de nos vies ; certes, nos vies sont faites d’allers et de retours, voire de non-retours.

Mais, accueillir le sens de nos migrations, c’est, cependant, en quelque sorte, se laisser déborder dans son identité propre par une nouveauté inattendue, subversive, voire dramatique, au point où la liberté parfois peut même paraitre ne plus s’exercer.

Migration en tous sens : ce n’est pas non plus qu’une affaire de direction, de précipitation, de plongée ; c’est aussi éventuellement, une exaltation, une inspiration qui, à travers les générations, ou au cœur d’une vie, peut nous donner de changer de sens, de renouveler un sens traditionnel, voire de s’éloigner d’une société close sur elle-même.

En sorte que l’autre, humain ou expérience humaine, se fait potentiellement offre de sens, à tout instant, en tout lieu, comme si, migrants en tout sens, quoiqu’il advienne, nous le sommes, le devenons, le demeurons : migration en tout sens, au sens ultime d’une demeure éternelle qui se ferait dévoilement de sens. Migration et chez soi seraient les deux faces d’une même humanité, la nôtre, pour nous, aventuriers en tout sens, en quête d’une arche encore un peu voilée à nos yeux aveuglés par un sens voulu trop souvent uniquement humain, trop humain.

Gilbert

Qui suis-je, pour oser parler, penser, objecter…, en matière de « migration » et d’« exil » ? Certes, je peux tenter de regarder, scruter ma propre « migration », mais au-delà est-ce encore possible ?

En effet, comment dire la migration d’un autre, exilé, étranger, déplacé, à lui-même, à toi-même, à sa terre, à ta famille ?

Accepterais-je qu’un autre, toi, s’immisce, même pour de belles raisons, d’empathie…, dans ma propre migration, voire mon exil ? Au nom de quoi, de quel service, politique, social, religieux… ?

La plupart du temps, ma propre migration m’échappe, surtout quand elle est contrainte ; alors de quel « droit » autrui voudrait-il s’en emparer, en faire « économie », étude, cas, nombre ?

Certes, nos migrations inter-agissent, s’en-visagent, se dévisagent, mais toujours singulièrement, de regard à regard, et pas au-delà.

Je ne fais pas nombre, pas plus que toi, et ma migration me reste personnelle, même au sein d’un groupe de « migrants ».

« Tous migrants », ensemble, au nom de nos migrations, singulières, parfois particulières, mais toujours personnellement « humaine ».

En matière de migration, rien n’est jamais trop humain. Alors, que penser ? A chacun, en sa migration ou en son exil, de décider, librement ou non, de penser !

Gilbert

 

En ces temps de rentrées académiques, Josefa formule une invitation, une question que nombre d’étudiants vont d’ailleurs porter au cours de leur année : « Qui suis-je ? ».

Accepter ce jeu de l’introspection, c’est aussi accepter de regarder autrui pour tenter de se découvrir soi-même.

Sur cette voie défiante, pour soi, pour autrui, une proposition peut être de laisser résonner la voie de celui qui pourrait éventuellement me donner quelques clés pour porter plus avant ma question : l’exilé, le déplacé qui a laissé un peu lui-même, « chez lui », ailleurs.

Exilé, demandeur d’asile, réfugié, ce compagnon d’humanité, si la confiance est au rendez-vous, pourrait être une personne dont la parole, le silence, les gestes, le regard, en un mot, la présence, me donnent à plonger, à me déplacer, dans et autour de, cette fameuse question : « Qui suis-je ? ».

En effet, n’est-ce pas principalement, dans les moments de séparation, de deuil, d’exil que se voilent mes certitudes identitaires et que jaillit le soupçon, le doute, sur ma propre identité. Qui suis-je « encore » ?

Et, ainsi, écouter, celle et celui qui, au fil de sa migration, a dû cacher, enfouir, transformer, ajuster son identité, pour poursuivre plus avant son itinéraire vers l’asile, vers un avenir autre que celui envisagé, programmé, construit, éventuellement, par quelques années académiques ?

Certes, la révélation de cette proximité, de cette écoute de l’autre, en son exil, avec plus ou moins de joie, me donnera éventuellement à penser que « je suis mouvement », que je suis…migration.

Mais, l’enjeu est ailleurs : il ne s’agit pas de chercher le sens de la vie, mais celui de « ma vie ». Et, en quelque sorte, l’enjeu n’est plus d’obtenir une réponse, mais de me laisser traverser, cheminer, par des voies qui ensemble vont poursuivre leur œuvre de construction ou de déconstruction, en moi et autour de moi, avec moi, parfois sans moi ou contre moi, au péril de la vie, pour certains.

J’en deviens ce que je suis ; non pas en quête d’un attribut à mon sujet, mais, bien plus, vivant, en marche, au gré des rencontres, des croisements de chemin, des seuils ou des frontières qu’il m’est donné, librement ou sous la contrainte, de franchir.

Ensemble, avec d’autres, avec les autres, je suis… ma migration.

Gilbert

 

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