Qui suis-je, pour oser parler, penser, objecter…, en matière de « migration » et d’« exil » ? Certes, je peux tenter de regarder, scruter ma propre « migration », mais au-delà est-ce encore possible ?

En effet, comment dire la migration d’un autre, exilé, étranger, déplacé, à lui-même, à toi-même, à sa terre, à ta famille ?

Accepterais-je qu’un autre, toi, s’immisce, même pour de belles raisons, d’empathie…, dans ma propre migration, voire mon exil ? Au nom de quoi, de quel service, politique, social, religieux… ?

La plupart du temps, ma propre migration m’échappe, surtout quand elle est contrainte ; alors de quel « droit » autrui voudrait-il s’en emparer, en faire « économie », étude, cas, nombre ?

Certes, nos migrations inter-agissent, s’en-visagent, se dévisagent, mais toujours singulièrement, de regard à regard, et pas au-delà.

Je ne fais pas nombre, pas plus que toi, et ma migration me reste personnelle, même au sein d’un groupe de « migrants ».

« Tous migrants », ensemble, au nom de nos migrations, singulières, parfois particulières, mais toujours personnellement « humaine ».

En matière de migration, rien n’est jamais trop humain. Alors, que penser ? A chacun, en sa migration ou en son exil, de décider, librement ou non, de penser !

Gilbert

 

En ces temps de rentrées académiques, Josefa formule une invitation, une question que nombre d’étudiants vont d’ailleurs porter au cours de leur année : « Qui suis-je ? ».

Accepter ce jeu de l’introspection, c’est aussi accepter de regarder autrui pour tenter de se découvrir soi-même.

Sur cette voie défiante, pour soi, pour autrui, une proposition peut être de laisser résonner la voie de celui qui pourrait éventuellement me donner quelques clés pour porter plus avant ma question : l’exilé, le déplacé qui a laissé un peu lui-même, « chez lui », ailleurs.

Exilé, demandeur d’asile, réfugié, ce compagnon d’humanité, si la confiance est au rendez-vous, pourrait être une personne dont la parole, le silence, les gestes, le regard, en un mot, la présence, me donnent à plonger, à me déplacer, dans et autour de, cette fameuse question : « Qui suis-je ? ».

En effet, n’est-ce pas principalement, dans les moments de séparation, de deuil, d’exil que se voilent mes certitudes identitaires et que jaillit le soupçon, le doute, sur ma propre identité. Qui suis-je « encore » ?

Et, ainsi, écouter, celle et celui qui, au fil de sa migration, a dû cacher, enfouir, transformer, ajuster son identité, pour poursuivre plus avant son itinéraire vers l’asile, vers un avenir autre que celui envisagé, programmé, construit, éventuellement, par quelques années académiques ?

Certes, la révélation de cette proximité, de cette écoute de l’autre, en son exil, avec plus ou moins de joie, me donnera éventuellement à penser que « je suis mouvement », que je suis…migration.

Mais, l’enjeu est ailleurs : il ne s’agit pas de chercher le sens de la vie, mais celui de « ma vie ». Et, en quelque sorte, l’enjeu n’est plus d’obtenir une réponse, mais de me laisser traverser, cheminer, par des voies qui ensemble vont poursuivre leur œuvre de construction ou de déconstruction, en moi et autour de moi, avec moi, parfois sans moi ou contre moi, au péril de la vie, pour certains.

J’en deviens ce que je suis ; non pas en quête d’un attribut à mon sujet, mais, bien plus, vivant, en marche, au gré des rencontres, des croisements de chemin, des seuils ou des frontières qu’il m’est donné, librement ou sous la contrainte, de franchir.

Ensemble, avec d’autres, avec les autres, je suis… ma migration.

Gilbert

 

Identités en quête de refuge : qui sommes-nous ? Des personnes qui, parfois, souvent, trop souvent, librement ou sous la contrainte, pour des raisons diverses, quittent leur pays, engendrant ou provoquant des identités évolutives : voyageur, exilé, déplacé, demandeur d’asile, apatride, réfugié…

Aujourd’hui, un nom générique englobe les personnes en mobilité qui sont parties de « chez elles », ont franchi des frontières diverses, politiques, sociales, économiques, culturelles, ethniques, religieuses… : « migrant ». A cet endroit, « migrant » exprime la qualification d’une identité, transnationale, multiculturelle, qui se meut au cœur de l’actualité.

Mais, entendue ainsi, cette identité est aussi une passerelle entre ceux qui ont quitté leur pays et ceux qui ne se sont pas (encore) déplacés selon une migration spatiale.

La nouvelle proximité, voire l’hospitalité, vécue ou envisagée, avec des personnes venant d’ailleurs, interpelle les « sédentaires » qui peuvent se découvrir, eux aussi, quelque part, dans leur histoire ou au fond d’eux-mêmes, migrants. Possiblement, les uns rappellent aux autres que la vie humaine invite à dépasser les frontières dans lesquelles l’homme cherche à délimiter et protéger son territoire, à renverser les murs ou les murailles derrière lesquelles il cherche à s’abriter, les barrières et les clôtures qui le séparent des autres. Sous la contrainte ou librement, la vie humaine se joue dans un espace ouvert, dans l’échange et les relations.

Au-delà des échanges réciproques, la rencontre entre nous, tous migrants, construit et féconde une culture renouvelée à la croisée des chemins, selon les libertés des uns et des autres, entre l’assimilation qui voudrait contraindre celui qui arrive à tout accepter de la culture d’accueil en laissant de côté la sienne, et le regroupement communautariste qui veut tenir ferme une culture « propre » en refusant tout apport externe. Pour favoriser une voie de co-insertion et cheminer ensemble, chacun est sollicité, au nom même de sa part d’humanité migrante, singulière, particulière ou assurément universelle.

Ce 20 Juin 2016, la Journée Mondiale du Réfugié nous invite ainsi, entre autres, à faire mémoire de notre histoire humaine conjointe autour de nos migrations, libres ou forcées. « L’homme est un réfugié pour l’homme ». Ensemble, tous migrants, assumons nos migrations.

Gilbert

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